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2002

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M.-A. zu Salm-Salm: Thomas Kellner, in: „Vues d’Architectures“, Musée de Grenoble, 2002

Thomas Kellner réinterprète les monuments les plus touristiques des métropoles européennes par un travail de déconstruction de l'image. II sillonne l'Europe à la recherche des édifices emblématiques d'une ville.
 

Entre 1997 et 2001, il séjourne à Paris, Lisbonne, Berlin, Cologne et Londres. Ses prises de vues sont minutieusement préparées à l'avance. Il dessine son projet en décomposant chaque monument en un nombre précis d'images: trente-six, soixante-douze, cent huit, etc. II définit les divers angles de vues. Rigoureusement, il consacre à chaque monument entre une et trente-six pellicules de trente-six poses. L'exposition reste identique pour chaque prise de vue, afin que chaque image ait une luminosité homogène. Les négatifs de 24 x 36 mm sont reproduits, à la même échelle, sur une planche contact. Thomas Kellner s'interdit toute retouche ou reprise. Chaque "fenêtre" de 24 x 36 mm devient une partie constituante de l'image finale, dont la taille se définit par le nombre de pellicules utilisées.
 

Tour Eiffel(1997) et Tower Bridge (1999) sont deux exemples caractéristiques de la série des Monuments. Composées d'une seule pellicule en noir et blanc, ces images se lisent de gauche à droite, la Tour Eiffel, de format vertical, du bas vers le haut, le Tower Bridge, de format horizontal, du haut vers le bas. Certaines séquences sont dédoublées, telles les pointes de bâtiments. Les images de Kellner, en quelque sorte complémentaires des collages Polaroid de David Hockney, proposent une "solution photographique" au cubisme pictural de Robert Delaunay. L'acte photographique de Kellner est à la fois déconstruction d'un emblème connu et construction d'une image nouvelle. Intrigué par le phénomène de la perception, le photographe joue, délibérément, avec le potentiel symbolique des monuments. En faisant appel à la mémoire référentielle, il confronte le spectateur avec l'image qu'il porte en soi. Son travail sériel perturbe nos certitudes. Cette réflexion sur l'architecture s'inscrit dans une recherche plus vaste, née de l'intérêt majeur de l'artiste pour les vues multiples d'un même objet. Né en 1966 à Bonn, Kellner a suivi des études d'arts plastiques à l'Université de Siegen, où il vit et travaille aujourd’hui. Depuis 1989, il utilise, de manière prépondérante, la chambre noire. En juxtaposant plusieurs boîtes, trouées systématiquement, il parvient à capter une même situation sous différents aspects. Jusqu'en 1997, Kellner s'est surtout intéressé à la nature, au paysage. Ses travaux sont alors liés à un lieu précis, notamment à la terre brûlée en Espagne du Sud et aux chênes qui meurent en Allemagne. Lauréat de nombreux prix de photographie, il est photographe indépendant depuis 1998. C'est alors qu'il opte définitivement pour des images de format réduit obtenues grâce à un appareil ordinaire.
 

Depuis, sa démarche technique et thématique s'est élargie, la couleur s'ajoutant au noir et blanc. Si au départ il n'utilisait qu'une seule pellicule par image, il multiplie maintenant le nombre de pellicules pour accentuer la décomposition de l'image. En l'an 2000, il réalise une série intitulée Euroshredder. Cet ensemble thématise la suppression des devises nationales en vue de la monnaie unique européenne. Si la démarche de la prise de vue est la même que pour les monuments, l'effet qui en résulte est différent. La décomposition d'un monument nous conduit à méditer l'éventuelle fin de son aura, quand la décomposition des billets émis en francs ou Deutschmarks, nous confronte, elle, à la fin réelle de ces monnaies. Dernièrement, certains espaces, vues d'intérieurs et supermarchés, sont devenus les nouveaux sujets de préoccupation de Thomas Kellner. M.-A. zu Salm-Salm.
 

Photographies Exposees: Tour Eiffel 2 #3,1997 (repr. p. 24)

31,5 x 15,5 cm, Studio Kellner, Siegen

Tower Bridge, Londres 14 #12, 1999

23 x21 cm (repr. p. 165) Studio Kellner, Siegen

Baqué, D., 2002. Ambiguités du présent. In: Vues D’ Architectures. Grenoble: Musée de Grenoble. pp. 24-25.

Salm-Salm, M.-A., 2002. Thomas Kellner. In: Vues D’ Architectures. Grenoble: Musée de Grenoble. p. 195.

>>> Eiffel Tower 1997